"On ne résout qu’une partie du problème"
Interviews, ODM, 04.03.2010. Le Temps, Valérie de Graffenried
Le Temps: "Deux motions prônant la formation professionnelle pour les jeunes sans statut légal ont été acceptées par la Chambre du peuple. Reste que le marché du travail leur est interdit. Les Etats trancheront. Alard du Bois-Reymond, nouveau patron de l’Office fédéral des migrations, réagit."
En acceptant deux motions, la majorité du National estime que permettre aux jeunes sans-papiers d’être scolarisés sans pouvoir ensuite suivre un apprentissage est hypocrite, incohérent et discriminatoire. Votre réaction?
Ce vote m’a surpris. J’avoue que je ne m’attendais pas à un tel résultat. Je comprends que des familles concernées ou des proches puissent être remontés par la situation actuelle. Mais permettre aux sans-papiers de faire un apprentissage ne résout qu’une partie du problème. Personnellement, je trouve bien plus hypocrite que des employeurs exploitent des personnes en situation précaire. Pourquoi n’en parle-t-on pas?
Quelles modifications législatives allez-vous proposer?
Nous attendons d’abord la décision de la deuxième Chambre. Ensuite, si elle va dans le même sens, il faudra probablement modifier la loi sur les étrangers. Mais à mon avis, il faudra aller plus loin que seulement permettre aux clandestins de faire un apprentissage. Nous devons traiter le problème des sans-papiers dans sa globalité.
Justement: plutôt que permettre aux jeunes clandestins de se former sans pouvoir ensuite travailler, ne faudrait-il pas les régulariser?
Nous nous trouverions dans une situation incohérente, je suis d’accord. Mais si on les régularise, cela revient à les
favoriser par rapport aux autres ressortissants des Balkans et d’Amérique du Sud – qui composent la majorité des clandestins qui restent chez eux au lieu de chercher à venir en Suisse dans l’illégalité. Doit-on favoriser ceux qui sont dans l’illégalité par rapport à ceux qui restent dans des conditions de vie difficiles pour ne pas violer nos lois? On ferait face à une nouvelle incohérence!
Mais pourquoi ne pas au moins régulariser ceux qui sont en Suisse depuis leur naissance? Ils ne sont pas responsables du statut de leurs parents...
Et que ferait-on de leurs parents? Nous préférons agir au cas par cas. Des cas de rigueur, qui répondent à des critères précis, peuvent être régularisés. Mais permettre à des catégories entières d’être régularisées remettrait en cause l’ensemble de notre politique avec les Etats tiers.
Eveline Widmer-Schlumpf a pointé du doigt les cantons qui tolèrent des «cartes AVS grises». Qu’allez-vous faire?
Les cantons ont effectivement des pratiques très différentes. Et la délivrance de permis de travail est au final de leur ressort. Cette problématique démontre surtout que nous devons avoir un meilleur échange d’informations entre les différents offices concernés.
